Coordonné par : Pr. Mebarka Bellahcen

Problématique

La culture hassanienne se présente comme un phénomène culturel complexe, au croisement de dimensions linguistiques, sociales, symboliques et spirituelles, ce qui est en fait l’une des expressions les plus riches du patrimoine immatériel dans l’espace saharien africain. Elle résulte d’un long processus d’interactions historiques entre les tribus bidhanes réparties entre la Mauritanie, l’Algérie, le Sahara occidental, ainsi que le nord du Mali et du Niger.
De ces interactions sont nées des pratiques linguistiques, religieuses, poétiques et artistiques qui ont contribué à forger une identité à la fois cohésive et singulière. Dépassant désormais ses frontières géographiques d’origine, ce patrimoine s’impose aujourd’hui comme un enjeu majeur dans les réflexions académiques et les politiques culturelles visant à préserver les identités et à construire une mémoire collective dans une région marquée par l’imbrication des logiques d’appartenance, de pouvoir et de symbolisation.

L’évènement récent intitulé « Alger, capitale de la culture hassaniya 2025 »1 a mis en lumière l’importance stratégique que les acteurs culturels et institutionnels accordent à cet héritage.
Celui-ci n’est plus perçu comme une mémoire locale figée, mais bien comme un vecteur vivant du dialogue civilisationnel entre le Maghreb et l’Afrique. Il constitue également une plateforme propice à la reconfiguration des instruments du développement culturel, des formes d’inclusion sociale, ainsi que des mécanismes de production symbolique au sein des sociétés sahariennes.
Le patrimoine hassanien apparaît ainsi comme un élément central de la culture immatérielle, reflétant l’ancrage historique et culturel de la société bidhane. La langue hassanienne en est le principal vecteur : elle combine l’arabe classique, des dialectes sanhajiens et des emprunts lexicaux d’origine africaine, témoignant d’un métissage linguistique et civilisationnel complexe.
Ce patrimoine s’exprime à travers une grande diversité de formes, notamment la poésie,
les proverbes, les contes et les récits narratifs.

La poésie hassanienne constitue l’une des expressions artistiques les plus significatives de cette culture. Elle se distingue notamment par la présence marquée d’archaïsmes qui se manifeste à travers l’usage d’un lexique ancien, aujourd’hui tombé en désuétude. Par ailleurs, les proverbes populaires hassaniens jouent un rôle central en tant que miroirs des valeurs sociales : leurs significations oscillent entre sagesse, subtilité et prudence relationnelle.

 

La femme occupe une place singulière au sein de l’univers culturel hassanien, caractérisée par le respect et la valorisation. Elle est fréquemment représentée dans les proverbes et les récits oraux comme une protagoniste active et déterminante - une figure confirmée par les traditions
narratives anciennes et renforcée par les productions littéraires féminines contemporaines,
notamment dans les domaines de la nouvelle et du roman. Certaines pratiques sociales, telles que la célébration du divorce ou la revalorisation de la dot pour les femmes divorcées, témoignent de la persistance de traditions sanhajiennes qui placent la femme au cœur du système
de reconnaissance sociale.

Par ailleurs, l’intérêt porté aux contes populaires ouvre une voie précieuse pour l’analyse de la structure symbolique et morale de la société hassanienne. Ces récits mettent en scène des dilemmes éthiques et universels, abordant les tensions entre le bien et le mal, les notions de justice, et l’exaltation des valeurs humanistes et vertueuses.

Parmi les chercheurs ayant consacré leurs travaux à l’étude du patrimoine hassanien, plusieurs figures se distinguent par l’ampleur et la profondeur de leurs contributions. Pierre Bonte s’est
particulièrement illustré par ses analyses approfondies du système social bidhane, tandis que
Sophie Caratini a examiné les dynamiques de transformation politique et sociale au sein de cette même société. Corinne Fortier, quant à elle, a porté son attention sur les questions de genre, de
corporéité et des fatwas. Philippe Marchesin a exploré les dimensions symboliques et les conflits sociaux qui traversent les sociétés sahariennes. Enfin, les écrits de l’orientaliste français Paul
Marty, bien qu’inscrits dans un cadre colonial et nécessitant une lecture critique à la lumière des méthodologies contemporaines, constituent parmi les premières sources documentaires sur
la société bidhane.

Ce numéro thématique de la revue Turath se veut une tentative d’approche de la culture
hassanienne à travers une perspective scientifique pluridisciplinaire, croisant les apports de la linguistique, de l’anthropologie, de l’ethnographie et de l’histoire. Il vise à approfondir la compréhension des processus de construction identitaire dans un espace où s’articulent mémoire orale, structure tribale et religiosité populaire, et où la culture se reconfigure en permanence sous l’effet des mutations environnementales et géographiques.

Le dossier s’articulera autour de quatre axes principaux :

 

  1. Anthropologie sociale de la culture hassanienne : analyse des structures tribales, des formes d’organisation sociale et symbolique, ainsi que des interactions entre sphères
    religieuse et temporelle dans la production du pouvoir symbolique.

  2. Patrimoine oral hassanien : étude de la poésie, des proverbes, des contes et des formes narratives en tant que vecteurs de transmission de l’histoire collective, et analyse du rôle de la mémoire orale dans la résistance à l’oubli culturel.

  3. Linguistique et dialecte hassanien : exploration des caractéristiques de la langue
    hassanienne, de ses relations avec l’arabe classique et les parlers amazighs, ainsi que de ses évolutions dans les contextes de mondialisation et de numérisation.

  4. Identité et religiosité dans la société hassanienne : examen des multiples formes du discours religieux hassanien - des zawiyas et maāir aux fatwas locales - et analyse des
    relations entre soufisme et imaginaire collectif.

Dans cette perspective, la revue invite les chercheur.e.s à contribuer à ce numéro par des
travaux originaux fondés sur des méthodologies scientifiques rigoureuses, et participant à la
revalorisation de la culture hassanienne en tant que champ vivant, dynamique, au cœur des
mutations sociales, politiques et culturelles contemporaines.

Les auteur.e.s sont invité.e.s à envoyer leurs contributions à travers la plateforme ASJP via le lien suivant : https://asjp.cerist.dz/en/PresentationRevue/920.

Délai de soumission des articles : 30 septembre 2025.

Pour toutes informations, merci de contacter l’adresse mail suivante :

turath@crasc.dz 

service.revues@crasc.dz

 







1 Colloque International tenu à Alger le 21 Juin 2025, dans le cadre de : Alger capitale de la culture hassaniya.